Entrée #24 - 01.02.22

Rédigé par falx Aucun commentaire
Classé dans : Journal Mots clés : alimentation, énergie, climat, justice, réseaux
Ni révolutionnaire, ni innovant : dans un entretien au Journal du CNRS, le professeur en informatique Michel Beaudouin-Lafon porte un regard critique sur le métavers, cet “environnement virtuel collaboratif” dans lequel investissent massivement les plus grandes entreprises multinationales du numérique. Héritier spirituel des communautés virtuelles des années 1990, basant son expérience sensible sur du matériel encore inabouti, le métavers millésime 2022 serait avant tout un nouveau territoire pour l'économie des données et de l'attention selon le chercheur, qui met en garde contre les risques psycho-sociaux et de sécurité liés à ce type d'univers. Partant du premier cas d'agression sexuelle reporté dans le métavers de l'entreprise Facebook, le chercheur en sciences de l'information Olivier Ertzscheid va plus loin en discutant la question du droit des espaces virtuels. Il rappelle que l'agression “est une intentionnalité” imputable à son auteur et non “une fonction que l'on peut activer ou désactiver”. Il fait ainsi référence à l'ajout, en réponse à l'agression, d'une fonction technique de blocage qui charge la victime d'assurer elle-même sa propre sécurité et d'assumer seule les conséquences (bien réelles) de l'agression, en permettant à la plateforme de dégager sa responsabilité. Contre ce solutionnisme technologique amoral, l'auteur appelle à la mise en œuvre d'un “engagement autour de valeurs fondamentales, par le biais d'une constitution promulguée en pleine conscience”, d'après les mots de Lawrence Lessig (professeur de droit et auteur de l'article "Code is Law"). Pour Olivier Ertzscheid, l'apparition de plusieurs régimes de réalité (physique, augmentée, physique) doit nous questionner sur la façon dont “nous les peuplerons pour y faire société”.

La France est à nouveau touchée par une nouvelle épizootie de grippe aviaire, qui a régulièrement ravagé les élevages entre 2015 et 2017 et depuis 2020. L'Organisation Internationale de la Santé Animale (OIE) estime que les différents épisodes de grippe aviaire ont conduit à l'abattage de 246 millions de volailles à travers le monde entre 2005 et 2020. Le Ministère de l'Agriculture, soutenu par le principal syndicat agricole du pays (la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, FNSEA), a d'abord ordonné la claustration des élevages de plein air pour éviter le transfert du virus depuis des populations sauvages, avant d'opter mi-janvier pour l'abattage systématique dans les élevages touchés. La première stratégie a été dénoncée par la Confédération Paysanne : cette option, dont le coût repose sur les éleveurs, tiendrait justement du problème, la concentration des volailles et la ventilation mécanique favorisant la circulation du virus. Face au constat d'“un système qui déraille tous les ans”, la Confédération Paysanne appelle à “gérer différemment une filière industrielle incapable de se réguler toute seule”. Comme le rappelle l'Institut Pasteur, la grippe aviaire, et en particulier la souche H5N1 transmissible à l'homme, fait partie des virus qui font l'objet d'une surveillance permanente en raison de leur potentiel pandémique.

L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) ont remis leur rapport sur l'empreinte environnementale du numérique en France au Ministère de la Transition Écologique. Tout en mettant l'accent sur le manque de données fines et le poids de la méthodologie dans l'interprétation des résultats, le rapport avance de nombreux chiffres, qui éclairent une controverse souvent confuse. Le numérique français consommerait 62 millions de tonnes de ressources par an, 48,7 Térawattheures d'électricité (environ 10% de la consommation nationale annuelle) et produirait 20 millions de tonnes de déchets chaque année. Les terminaux représenteraient 79% de l'empreinte environnementale totale (loin devant les serveurs et le réseau), notamment en raison de leur production (78% de leur empreinte). Les écrans seraient les pièces les plus coûteuses d'un point de vue environnemental. Par ailleurs, le rapport estime (prudemment) que 6,9 Exaoctets de données sont échangées chaque année via le réseau mobile, contre 80 Exaoctets (soit 80 milliards de gigaoctets) sur le réseau fixe, qui reste néanmoins (et pour l'instant) plus efficace d'un point de vue énergétique. Parmi les recommandations, la mise en place de mesures pour favoriser l'usage de matériel reconditionné fait figure de priorité. La loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France, dont le texte jugé “incomplet et imparfait” par son propre instigateur a été adopté dans l'urgence d'une fin de législature, promet cependant de ne pas être à la hauteur des enjeux soulevés par le rapport.

Echos de la mondialisation

"Si quelqu'un veut se mettre entre vous, vos prières et le dieu que vous vénérez avec un produit numérique complexe, soyez sceptique quant à ses motivations." Zach Edward, chercheur en protection de la vie privée, à propos de Pray.com
"Le Sénat (...) a rédigé un projet de loi visant à réglementer les neurotechnologies (...) qui peuvent "lire ou écrire" dans le cerveau humain. (...) Le Chili met en œuvre la réforme constitutionnelle qui crée des neuro-droits et constitue, dans ce domaine, un modèle mondial." Guido Girardi, sénateur chilien et coauteur du texte de loi sur les neuro-droits
"Il y avait une cruauté considérable dans l'apparence que Mr. Bungle présentait au monde virtuel - à ce moment-là, il avait l'aspect d'un clown gras, oléagineux, au visage farineux, vêtu d'un costume d'arlequin tâché de sperme et d'une ceinture de gui et de cigüe dont la boucle portait la curieuse inscription "EMBRASSE-MOI LA-DESSOUS SALOPE !" (...) Les faits suivants nous en disent un peu plus (...). Ils nous disent qu'il a commencé à agresser sans avoir été provoqué, vers 10 heures du soir, heure du Pacifique. Qu'il a commencé, à l'aide d'une poupée vaudou, à forcer l'un des occupants de la pièce à le servir sexuellement de diverses manières (...). Qu'il s'en est pris ensuite à Moondreamer, (...) la forçant à des rapports non consentis avec d'autres individus présents dans la pièce, parmi lesquels exu, Kropotkin (le célèbre dissident) et Snugberry (l'écureuil). Que ses actions sont progressivement devenues violentes. Qu'il a fait manger à exu ses propres poils pubiens. Qu'il a poussé Moondreamer à se violer elle-même avec un couteau de cuisine. Qu'il n'a pu être arrêté, jusqu'à ce que quelqu'un invoque Iggy (...) qui avait amené avec lui un fusil aux pouvoirs quasi-magiques, un fusil qui ne tuait pas mais enveloppait ses cibles dans une cage imperméable même aux pouvoirs d'une poupée vaudou. Cet Iggy tira sur Mr. Bungle (...)." Julian Dibbell, journaliste, auteur du premier récit connu d'une agression sexuelle dans un monde virtuel en mars 1993

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